Connectez-vous

De l’Hinterland à l’Océan atlantique : la lente progression du Mali vers des avancées notoires 

Dimanche 8 Février 2026

Le professeur Cheikh Anta Diop
Le professeur Cheikh Anta Diop

En ce samedi 7 février 2026, le regard de l'Afrique se tourne vers Caytu. Dans le silence sacré du caveau familial au Sénégal, repose l'homme qui a rendu aux Africains leur passé pour leur permettre d'exiger un avenir : le Professeur Cheikh Anta Diop. Quarante ans après son départ, ses leçons ne sont plus de simples théories académiques ; elles sont devenues le manifeste opérationnel de l’Alliance des États du Sahel (AES). À Bamako, Ouagadougou et Niamey, le «Pharaon du savoir» n'est plus seulement commémoré, il est appliqué par des leaders qui ont compris que l'Afrique doit cesser d'être une proie pour devenir un acteur souverain de son destin.

 

L’accès du Mali à l’Océan Atlantique n’est plus une simple ambition lointaine : le Président Assimi Goïta relance un dossier stratégique vieux de plusieurs décennies. Les travaux, prévus pour débuter sous deux mois, illustrent une réalité nouvelle : la souveraineté malienne ne se décline pas en slogans, elle se matérialise par des progrès constants, se fortifie par une résilience parfaite et se valide par des résultats concrets. Ce projet de navigation est l'illustration technique de la vision du Maître, Pr Cheikh Anta Diop. Il convient de rappeler l'intransigeance de ce dissident intellectuel pour qui l'union est une nécessité biologique et politique : «Pour survivre les peuples africains feront leur jonction. Un jour ou l'autre la soupape sautera. Pourquoi ne pas conduire le mouvement au lieu de le subir ?».

 

Une jonction historique doublée d’un appel au sursaut 

 

C'est cette jonction, à la fois géographique vers l'océan et politique entre les États, qui dicte aujourd'hui l'agenda de l'AES.

 

Nous tenons à souligner la solidité exceptionnelle du peuple et des autorités maliennes face aux sanctions de la Cedeao, de l'UEMOA et de la Francophonie. Le Mali maintient son cap face aux atermoiements de l’ONU et devant l’aveuglement stratégique des États-Unis. Dans ce contexte, l'AES a intégré l'urgence vitale soulignée par Diop : par rapport à l'Afrique, riche de son potentiel hydraulique, solaire et minéral, «l’Europe est comparable à une caisse vide». Pour le Maître, la fédération n’est pas une option, c’est une question de survie. «L’idée de fédération doit refléter chez nous tous, et chez les responsables politiques en particulier, un souci de survie [en particulier chez nos dirigeants politiques] au lieu de n’être qu’une expression démagogique dilatoire répétée sans conviction du bout des lèvres».

 

La sécurité, pilier central de l'AES, fait écho à l'avertissement du savant : «Un continent qui ne peut assurer sa propre sécurité militaire, qui ne contrôle pas en particulier son espace atmosphérique et cosmique, n’est pas indépendant, et ne peut pas se développer». Pour lui, la sécurité précède le développement. Seul «le macro-État fédéral multinational, formant un ensemble politique, économique solide, capable de résister à la pression des monstres extérieurs», est à même de garantir une souveraineté réelle contre l'anarchie endémique.

 

Comme l'enseignait l'homme qui a le plus remarquablement influencé son siècle selon Aimé Césaire : «L’Africain qui nous aura compris est celui-là qui, après la lecture de nos ouvrages, aura senti naître en lui un autre homme, animé d’une conscience historique, un vrai créateur, un Prométhée porteur d’une nouvelle civilisation...». C’est ce Prométhée qui brise aujourd'hui ses chaînes au Sahel pour rejoindre «le peloton de tête de l’espèce humaine, au lieu d’être écrasés froidement par la roue de l’histoire».

 

Cette ambition passe par la création d'un équilibre des puissances mondiales. Comme nous le rappelle le testament politique du Maître : «La fraternisation sincère des peuples et l’unification planétaire seront réalisables à partir du moment où les différents peuples seront également forts, éduqués, au point qu’aucun ne puisse plus espérer tromper l’autre. Ainsi l’existence d’États continentaux risque d’être le prélude à l’unification planétaire».

 

L'AES est ce prélude. Il faut basculer l'Afrique réelle sur la pente de son destin fédéral quand l'Afrique irréelle est menacée sur sses terres et dans ses cités ! Pour survivre....

 

KHALY-MOUSTAPHA LÈYE

 
Nombre de lectures : 97 fois

Nouveau commentaire :















Inscription à la newsletter